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annesodiversetvariations

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com France 5, réseaux sociaux, journalisme et écriture, formation en Histoire de l'art Paris I ; [ici sont mes textes et un choix de photos. Et puis on verra] ... Instagram @annesobru

Publié le par Anne-Sophie Bruttmann

Je n'avais jamais quitté la ville. J'avais toujours vécu dans ces réseaux de rues inextriquées, ponctuées de squares, de pigeons et de hauts murs. Je suis une fille sans mystère, disponible et sans rendez-vous fixes.

Je travaille dans une banque. Comment ai-je un jour atterri là, je ne m'en souviens pas. Je possède la clé du sous-sol qui mène aux coffres, il faut croire que ma tête inspire confiance. Régulièrement des types se pointent pour aller déposer quelque chose ; tous ces types plein de diamants, de lingots ne m'intriguent pas. Je suis une fonctionnaire de porte : j'ouvre, je ferme, tape un code, accessoirement j'accompagne ces hommes qui ont tous la même tête, les mêmes enveloppes marrons, les mêmes mallettes. Sans moi ils ne peuvent rien. Avec ma clé j'accède à leurs désirs profonds, mettre en sûreté l'argent, les possessions, l'avoir. Je peux les observer de dos quand ils avancent dans le long couloir. Ils ont les mêmes dos qui dissimulent, ils ne parlent pas, ils avancent et ont hâte que ma clé ouvre leur paradis.

Je vais, je viens, évidemment ce n'est pas régulier mais pas un jour ne passe sans un accès aux boîtes. Ils cachent des espèces, des faux papiers ou des testaments. Cette clé les guide et les inspire, les fait bander. Parfois dans un angle mort sans caméra je suce un de ces types dont j'ignore la tête. J'ai le pouvoir, j'ai une bouche, j'ai des mains, je caresse, je soulève, je malaxe, je malmène, je soulage. Ma clé ouvre des abîmes.

Les femmes sont plus rares. Apparemment je ne les intéresse pas. Elles ont tort, mais je ne peux pas les y obliger. Leur drogue, leurs bijoux, elles les gardent et les observent. Dans les tiroirs, sous les dessous, on planque les colliers de mamie ou d’un ex comme un souvenir, une marque dans la chair. Les hommes s’en foutent. Les hommes ont une capacité à l’oubli.

Et puis le soir vient, je regagne la rue et les hauts murs. La clé bien au fond de mon sac, je respire la ville noire.

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