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annesodiversetvariations

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com France 5, réseaux sociaux, journalisme et écriture, formation en Histoire de l'art Paris I ; [ici sont mes textes et un choix de photos. Et puis on verra] ... Instagram @annesobru

Publié le par Anne-Sophie Bruttmann

 

Summer de Monica Sabolo, ed JC Lattès

Dépression au dessus du jardin

Genève, années 70. Une famille bourgeoise cache ses plaies dans une grande maison à coté du lac. Summer Wassner, 19 ans, la fille de la maison, a disparu brutalement. Les recherches restent vaines.

Ce pourrait être le début d'un polar, c'est le dernier roman de Monica Sabolo (Crans-Montana), Summer, un livre sur l'empreinte rétinienne laissée par la disparue.

Benjamin, le frère de Summer, et narrateur resté comme seul au monde, souffre de cette disparition et ne vit plus que dans des flashs de mémoire, shooté au Xanax. A travers ses yeux, on remonte le temps, on traverse des pièces, des moments suspendus, on voit des baignades dans le lac où vivent des créatures monstrueuses. L'histoire est une suite de polaroïds passés au goût amer de Todd Hido.

La bourgeoisie genevoise est donnée à voir comme dans un film de Visconti, richesse dissimulée et beautés multiples sans véritable existence de chair. La mère est belle et blonde, Summer tout autant, mais elles sont désincarnées et ne survivent qu'à coups de champagne. Le père Thomas Wassner, avocat, présenté comme un homme qui «a réussi» ne dit finalement pas grand-chose et on se demande quelle est son utilité. Il est aussi spectral que les paysages.

Le lac, personnage à part entière, est un subtil rappel au Narcisse de Pausanias : Narcisse aurait eu une sœur jumelle qui mourut dans son adolescence, et c'est pour se consoler de sa mort que Narcisse contemplait son image, ses traits lui rappelant ceux de la disparue.

Benjamin souffre de cette même espèce d'absence, il n'arrive pas à prendre corps, il est évidé.

Evidemment, le rapport frère-sœur - incestueux ? - ne peut que me faire penser au Barrage contre le Pacifique, rapport sous-jacent dans toute l’œuvre de Duras. La famille est une souffrance, la vie ne peut prendre corps qu’hors de cette famille, qu'on comprend nocive et dangereuse mais toujours par touches allusives ; l'écriture n'est jamais insistante, elle est légère, elle expose sans emphase la déliquescence des êtres, de la jeunesse et des espoirs.

 

 

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